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Résumé : Le stockage d’entreprise s’appuie sur trois types principaux de RAID hybrides, à savoir le RAID 10, le RAID 50 et le RAID 60, chacun combinant deux niveaux de matrice standard afin d’équilibrer différemment la vitesse, la capacité et la tolérance aux pannes. Ce guide explique le fonctionnement de chaque architecture au niveau matériel, les calculs mathématiques sous-jacents à la capacité utile et à la parité, ainsi que la manière dont chacune d’entre elles se reconstruit après la défaillance d’un disque. Vous trouverez ci-après une comparaison côte à côte du nombre minimum de disques requis, de la tolérance aux pannes et des performances d’écriture. Le guide se termine par les étapes nécessaires pour protéger une matrice dégradée avant de tenter une récupération.

Toute baie de stockage est tôt ou tard confrontée à une défaillance matérielle. Ce qui détermine si cette défaillance entraîne une brève interruption de service ou une perte définitive de données, c’est l’architecture RAID hybride sur laquelle elle repose. Une configuration de stockage hybride combine deux niveaux de baies standard, permettant d’atteindre un équilibre entre vitesse de lecture et tolérance aux pannes qu’aucun des deux niveaux n’offre à lui seul.

La gestion de la parité et le comportement de mise en miroir varient considérablement d’une architecture à l’autre au niveau matériel, et un mauvais choix peut entraîner un gaspillage de ressources et de graves complications lors de la récupération des données après une panne. C’est la compréhension du comportement réel de chacune de ces architectures sous charge et en cas de panne qui fait la différence entre une décision éclairée et une supposition coûteuse.

RAID 10 (RAID 1+0) : une bande de miroirs

Le RAID 10 reste la configuration hybride la plus largement déployée dans les centres de données de production. Les ingénieurs en stockage optent par défaut pour cette architecture, car elle offre une forte redondance sans limiter les vitesses d’entrée et de sortie. Contrairement aux baies basées sur la parité, elle évite totalement la génération mathématique de parité.

Fonctionnement du RAID 10

Dans le RAID 10, le contrôleur crée d’abord des paires en miroir, puis regroupe ces paires en bandes. Lorsqu’un serveur transmet un fichier, le contrôleur le divise en blocs uniformes appelés « bandes ». La capacité de bande détermine le volume exact de données écrites sur un disque avant que le contrôleur ne passe au niveau suivant (il est fortement recommandé de consigner la capacité de bande sur les deux niveaux à des fins de diagnostic ultérieur).

Une fois divisés, le matériel répartit ces blocs sur le niveau supérieur en utilisant la logique RAID 0 standard. Parallèlement, le niveau inférieur RAID 1 duplique chaque bloc. Chaque commande d’écriture atteint simultanément les deux disques d’une paire en miroir et, comme le contrôleur ne calcule jamais de parité, les performances d’écriture restent exceptionnellement rapides. Les opérations de lecture sont tout aussi rapides.

Le RAID 10 offre des performances particulièrement élevées en cas de défaillance matérielle. Lorsqu’un disque tombe en panne, le processus de reconstruction s’appuie uniquement sur le partenaire miroir intact de ce disque, laissant les autres paires en bon état intactes. Le disque intact copie des secteurs identiques directement sur le disque de remplacement. Comme ce processus consiste en une copie directe plutôt qu’en un calcul, les reconstructions RAID 10 s’effectuent en une fraction du temps requis par les configurations basées sur la parité.

Nombre minimum de disques et capacité utilisable

Le RAID 10 nécessite au minimum quatre disques physiques. Quel que soit le nombre de disques ajoutés ultérieurement, la capacité utilisable reste fixée à la moitié de la capacité brute totale. Huit disques de 10 téraoctets, par exemple, offrent 80 téraoctets de stockage brut, mais seulement 40 téraoctets de stockage utilisable une fois montés par le système d’exploitation.

Cette perte de la moitié de la capacité brute constitue le coût structurel lié au maintien d’un miroir complet à la base de la matrice. En contrepartie, une matrice construite selon ce principe peut résister à plusieurs pannes RAID simultanées, à condition que ces pannes ne surviennent pas au sein d’une même paire en miroir. La défaillance d’un seul disque laisse la matrice entièrement redondante et opérationnelle.

Dans cette configuration, la capacité des disques est tout aussi importante que leur nombre. Il est vivement recommandé d’harmoniser les capacités des disques au sein de chaque paire en miroir, car le fait de mélanger les capacités au sein d’une paire signifie que c’est le disque le plus petit qui fixe la limite maximale pour cette paire. Le contrôleur ignore définitivement l’espace restant sur le disque le plus grand, et les paires non harmonisées peuvent également compliquer la planification de la récupération après une défaillance RAID.

RAID 50 (RAID 5+0)

La mise à l’échelle d’une matrice entièrement en miroir devient financièrement non viable pour la protection des systèmes de stockage des grandes entreprises. Le RAID 10 entraîne une perte de capacité fixe correspondant à la moitié de la capacité brute totale, et à l’échelle de plusieurs centaines de téraoctets, ce coût devient significatif. Une seule grande matrice RAID 5 comporte quant à elle ses propres risques. À mesure que le nombre de disques augmente, la fenêtre de reconstruction s’allonge, et la probabilité d’une deuxième défaillance pendant cette fenêtre s’accroît. Le RAID 50 résout ces deux problèmes en combinant la parité distribuée avec un striping au niveau des blocs entre des groupes indépendants.

Fonctionnement du RAID 50

Le contrôleur organise les disques en plusieurs sous-groupes RAID 5 indépendants, dont chacun nécessite au moins trois disques. Il répartit ensuite les données entre tous les sous-groupes en utilisant le RAID 0 au niveau de la couche externe. Les performances en écriture sont supérieures à celles d’une matrice RAID 5 classique, car les calculs de parité sont répartis entre des groupes plus petits et isolés, plutôt que d’être effectués sur l’ensemble complet des disques. Chaque sous-groupe conserve une parité suffisante pour résister de manière indépendante à la défaillance d’un seul disque interne. Une reconstruction suite à une seule défaillance n’affecte que le sous-groupe contenant ce disque. Les sous-groupes restants continuent de fonctionner normalement et ne sont pas sollicités en lecture pendant la reconstruction.

Capacité et calculs exacts

Dans le cas d’un RAID 50 à six disques, ceux-ci sont répartis en deux sous-groupes RAID 5 de trois disques chacun. Dans chaque sous-groupe, l’espace correspondant à un disque est consacré à la parité, ce qui laisse deux disques par groupe disponibles pour les données, soit quatre des six disques au total.

Le même principe s’applique à plus grande échelle. Une matrice à huit disques, organisée en deux groupes de quatre, réserve un disque par groupe à la parité, ce qui laisse six disques utilisables. Avec douze disques, organisés en deux groupes de six, le nombre de disques utilisables passe à dix, puisque chaque grand groupe ne sacrifie qu’un seul disque à la parité, quel que soit le nombre de disques de données qui l’entourent.

Le compromis qui sous-tend ce meilleur rapport réside dans le temps de reconstruction. Des sous-groupes plus importants allongent le temps nécessaire à une reconstruction, élargissant ainsi la fenêtre pendant laquelle une deuxième défaillance au sein du même sous-groupe serait irrécupérable.

Temps de reconstruction et arguments en faveur du RAID 50 par rapport au RAID 5 standard

Une reconstruction RAID 5 standard sur une grande matrice constitue la période opérationnelle la plus dangereuse dans la gestion du stockage. Un seul disque mécanique de 16 To offre une vitesse de lecture séquentielle soutenue d’environ 200 à 250 Mo/s dans des conditions normales. La reconstruction de ce disque nécessite la lecture et le recalcul des données sur tous les autres disques de la matrice. À 250 Mo/s, le balayage d’une surface de 16 To prend environ 18 heures.

Pendant cette période, tous les disques restants de la matrice subissent des contraintes thermiques et mécaniques accrues. Si un deuxième disque du même sous-groupe tombe en panne pendant cette période, le sous-groupe s'effondre. Les données deviennent alors irrécupérables sans l'intervention d'un spécialiste.

Le RAID 50 limite ce risque, car chaque sous-groupe se reconstruit de manière indépendante. La reconstruction ne lit que les disques du sous-groupe concerné. Les autres sous-groupes ne sont pas impliqués.

RAID 60 (RAID 6+0)

Le RAID 60 utilise la même logique architecturale que le RAID 50, mais remplace le RAID 5 par le RAID 6 au niveau de la couche interne. La différence réside dans la double parité. Chaque sous-groupe interne calcule deux flux de parité indépendants, désignés par P et Q, à l’aide du codage polynomial de Reed-Solomon. Cela permet à chaque sous-groupe de résister à deux pannes simultanées de disques en son sein sans perte de données.

Fonctionnement du RAID 60

Le contrôleur divise les disques en sous-groupes RAID 6 indépendants, dont chacun nécessite au moins 4 disques. Ces sous-groupes sont ensuite regroupés en bandes au niveau de la couche externe à l’aide du RAID 0. Le nombre total minimum de disques est de huit, soit deux sous-groupes RAID 6 de quatre disques chacun.

Dans le cas d’un déploiement à huit disques, chaque sous-groupe de quatre disques consacre deux disques au stockage de la double parité, ce qui laisse deux disques par sous-groupe disponibles pour les données. Sur l’ensemble des deux sous-groupes, quatre des huit disques sont disponibles pour le stockage actif. Cette capacité utilisable augmente à mesure que l’on ajoute des disques par sous-groupe. Un RAID 60 à douze disques, constitué de deux groupes de six, laisse huit disques utilisables sur un total de douze.

Ce surcoût opérationnel se répercute sur les performances d’écriture. Pour chaque opération d’écriture, le contrôleur calcule deux valeurs de parité indépendantes avant que l’écriture ne puisse être validée. Cela engendre une latence de traitement nettement supérieure à celle d’un RAID 50 sous des charges d’écriture équivalentes. À un débit d’écriture élevé, cette surcharge devient le facteur limitant des performances de la baie.

Le RAID 60 est adapté aux environnements où les conséquences d’une perte de données lors d’une défaillance matérielle l’emportent sur les coûts liés à des écritures plus lentes et à un nombre minimum de disques plus élevé, y compris le stockage dans le secteur de la santé, les journaux de transactions financières et les archives gouvernementales. Pour la plupart des déploiements dans les PME, l’exigence relative au nombre de disques et la perte de performances en écriture rendent cette configuration difficile à justifier, à moins que la tolérance à une double défaillance ne constitue une exigence spécifique en matière de conformité ou d’exploitation.

RAID 10, RAID 50 et RAID 60 : une comparaison côte à côte 

Le choix de l’architecture appropriée nécessite de trouver un équilibre entre le budget matériel disponible et les exigences de performances. Les administrateurs de bases de données privilégient généralement les opérations d’entrée élevées, ce qui fait du striping en miroir le choix logique. Les grands référentiels de stockage tirent en revanche parti des vitesses de lecture et d’écriture séquentielles offertes par le striping avec parité, tout en anticipant des scénarios tels qu’une défaillance du contrôleur RAID.Le tableau ci-dessous compare les architectures en fonction des facteurs les plus importants lors de la prise de décision finale concernant la configuration des disques.

Configuration Nombre minimum de disques Capacité utilisable Nombre de pannes tolérées Performances en écriture Idéal pour
RAID 10 (1+0) 4 50 % 1 par paire de miroirs Bon (sans parité) Bases de données, machines virtuelles, charges de travail à haut débit IOPS
RAID 50 (5+0) 6 67 à 83 % 1 par groupe RAID 5 Modéré Grandes matrices, meilleur rendement en termes de capacité
RAID 60 (6+0) 8 50 à 75 % 2 par groupe RAID 6 Faible Données critiques, environnements à haute redondance

Conclusion : sécuriser votre baie après une défaillance mécanique 

L’erreur la plus fréquente commise par les administrateurs système en cas d’urgence consiste à tenter une reconstruction forcée du contrôleur sans vérifier les paramètres logiques d’origine. Dans toute configuration hybride, les paramètres de bande du niveau externe et la géométrie du niveau interne doivent être correctement identifiés avant de pouvoir lancer une reconstruction en toute sécurité. Une estimation erronée de la capacité de bande ou de la rotation de parité peut écraser les métadonnées hexadécimales fragiles, rendant la récupération des données définitivement impossible.

Si une baie de stockage commence à générer des erreurs de lecture, la bonne réaction consiste à la mettre immédiatement hors tension. Il convient de réaliser un clonage secteur par secteur de chaque disque composant la baie avant de toucher à nouveau au contrôleur. Cela nécessite de retirer physiquement les disques et de les connecter à un dispositif de blocage d’écriture matériel. Un dispositif de blocage d’écriture agit comme une barrière physique unidirectionnelle qui empêche le système d’exploitation d’écrire des données d’arrière-plan sur les disques endommagés.

Grâce à cette connexion protégée, il est possible de créer un clone bit à bit, en copiant chaque secteur à l’identique sur un disque de destination stable. À partir de ces clones, un spécialiste peut reconstruire la baie logique sans exposer les disques d’origine à un risque supplémentaire.

Faites appel à des experts avant de tenter toute récupération

L’équipe de Stellar de Récupération de données travaille dans des salles blanches de classe 100 certifiées ISO 27001 afin de manipuler en toute sécurité le matériel physique défaillant avant de tenter toute reconstruction logique. Si une matrice hybride se déconnecte, contactez nos spécialistes en récupération de données RAID pour un diagnostic approfondi. L’équipe vérifiera ce qui est récupérable avant de commencer toute intervention.

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